Pour en savoir plus :
Le Biel est sans doute la déformation locale du mot béal c’est-à-dire : petit canal à faible déclivité aménagé à flanc de coteau à des fins d’irrigation. Ici en l’occurrence pour alimenter l’industrie meunière et celle du tannage.
Lorsque en 1250, les Comtes Pierre et Philippe de Savoie achètent le mandement de Bocsozel dont fait partie La Côte-Saint-André, leur objectif est double : fortifier la ville avec son château pour faire face au Dauphiné voisin et installer une ville franche à vocation commerciale.
En 1270 ils creusent ce béal destiné à récupérer les eaux de sources dont le coteau regorge pour alimenter moulins et tanneries.
Cet ouvrage long de 2km à l’Est de la ville, d’une largeur moyenne de 70cm pour 50cm de profondeur, permettait de faire tourner 5 moulins et trois tanneries principales du haut en bas de la ville. On reste admiratif du travail de ces terrassiers qui, sans nos outils modernes, ont été capables de réaliser cet ouvrage à faible pente pour passer de 400m à 440m d’altitude soit une pente moyenne de 2cm par mètre.
L’eau venant à manquer, dans les périodes d’été où l’activité de meunerie est à son maximum, des réservoirs appelés serves sont creusés sur la terrasse du Château Louis XI. Un étang est également aménagé sur le versant Nord du coteau au lieu-dit Poulardière. C’est l’étang de la Gaigne. Un profond canal permettait à l’eau de franchir le col pour s’écouler du côté Sud de la colline. Cette retenue ne suffisant pas, on alla chercher l’eau encore plus loin dans la combe de Beaume à 1km de là.
Tous ces efforts furent rendus vains par une convergence d’événements.
1 – Lorsque les frères Maristes font construire l’aile Est du Château vers 1870, ils empiètent sur les réserves qui s’y trouvent et en diminuent fortement la capacité.
2 – Les moulins industriels font leur apparition notamment sur Voiron et vont faire péricliter la minoterie côtoise.
Les tanneries quant à elles, au nombre de 7 en 1824 ne sont plus que 2 en 1842. Les besoins en harnachements sont moins importants et la concurrence des tanneries industrielles, féroce.
Peu à peu le biel est abandonné, sans entretien il s’ensable, les rats percent les talus et l’eau se fait plus rare. Malgré des efforts tardifs ce phénomène semble irréversible.
Aujourd’hui le ruisseau du Nan a repris son tracé naturel et descend dans la combe du même nom vers le quartier du Chuzeau.
Seuls les orages violents redonnent à cette artère historique de la ville un peu de vigueur avec les risques afférents de débordement.
Notez qu’au XIXe siècle, la famille Berlioz possède 2 moulins et une tannerie qui fera leur fortune.
Adolphe Boschot, historien de Berlioz écrivait : « Que de fois, ces gens d’une forte race, comprimés, étouffés dans leurs bicoques le long du Biel, ce ruisseau qui tombe en cascade du Château au pré de la Chèvre, mais qui se reproduisent avec une abondance et une vigueur continue. Combien de fois ils ont remué le cuir dans les fosses à tanin ? Tout à coup, en deux générations, une sélection s’opère. D’une branche de treize, 9 entrent en religion et reportent leur part de fortune sur les autres. »