Edifiée à la fin du XIIIè siècle par les comtes de Savoie, la halle médiévale est la plus grande halle couverte à structure en bois de France (76m X 29m ), c est dire leur ambition marchande … Ce sont 93 piliers de chêne qui structurent 5 niveaux réservés à des corps de métiers différents, en partant du nord vers le sud, on installe dans la première les tisserands , dans la seconde les merciers ; dans la troisième les « regrattiers » qui assurent la vente de denrées alimentaires. La quatrième est occupée par les cordonniers dits « cuiratiers » ou « escoffiers », la dernière tout en bas est le domaine des bouchers et poissonniers. On tue, on écaille sur place et à la fin du marché on lave à grande eau . Les effluents descendent alors vers la basse ville en s’écoulant le long des trines. (petits passages très étroits entre les maisons).
En 1925 l’édifice fait l’objet d une inscription à l’inventaire des Monuments Historiques.
Pour en savoir plus :
Classée Monument Historique depuis 1925
Lorsque les frères Philippe et Pierre, Comtes de Savoie, occupent le mandement de La Côte Saint André entre 1250 et 1355 ils fortifient la ville, construisent le Château et creusent le canal d’alimentation des moulins. Ils projettent la création d’une ville franche. Lorsque leur architecte, Jacques de Saint Georges, construit le Château et dresse le plan géométrique de la ville en ilots, il réserve à l’intérieur même des remparts un espace de marché de la taille d’un terrain de foot-ball : 102m x 53m.
5600m2 réservés pour les besoins des foires et marchés montre l’ambition marchande de ces derniers.
Vers 1260 un marché de plein air est évoqué mais ce n’est qu’en 1309 qu’une « domus fori » est mentionnée. C’est donc dans la fin du XIIIe siècle que l’on peut fixer la date de l’édification de cette halle.
En 1420 un couvreur, Jean de Verdonay, établit un plan qui précise les dimensions du bâtiment : 40 toises de longueur par 19 de largeur. La toise delphinale valant 2.04 mètres, les dimensions de l’époque étaient donc de 81,60 mètres par 38,75 mètres soit très proches des valeurs actuelles (76m x 29m).
Le nombre de piliers qui est alors de 111 sera réduit, suite aux modifications des angles de toiture.
C’est dans le courant du XVe siècle que des travaux donnent à l’édifice son aspect actuel : soubassements en pierre venant des carrières de Voreppe pour supporter les piliers dont le bois de chêne vient des forêts voisines de La Rivoire et de La Moille.
La couverture est constituée de tuiles creuses provenant de Thodure et Pommier de Beaurepaire et d’essendoles (tuiles en bois passées au feu) permettant d’alléger la toiture.
93 piliers carrés d’environ 35cm de côté soutiennent la charpente de 366 m3 pour un poids de 258 tonnes. Le volume même des piliers représente 51 m3 ! Les poteaux datent du XVe siècle et sont taillés à la hache, selon les moyens utilisés en ces temps.
Les derniers travaux d’importance datent de 1970 lorsqu’on décide de remplacer les tuiles de couverture. Leur poids de 152 tonnes explique l’usage fait précédemment d’essendoles de bois, bien plus légères.
Chaque travée est occupée par des corps de métiers différents :
La première au Nord par 28 échoppes de tisserands (la production de chanvre était alors importante).
La deuxième par 19 merciers dont certains étaient eux-mêmes tisserands.
La troisième par 28 « regrattiers » qui assurent la vente de denrées alimentaires.
La quatrième par 23 cordonniers dits « cuiratiers » ou « escoffiers ». Cette corporation puissante possède la chapelle Saint-Crépin dans l’église Saint-André.
La dernière, tout en bas est le domaine des bouchers et poissonniers. On tue, on écaille sur place et à la fin du marché on lave à grande eau en utilisant les « bachats », ces bacs à eau servant également à l’abreuvage des animaux. Les effluents descendent alors vers la basse ville par un passage aujourd’hui fermé mais dont on peut voir la sortie dans le fond de la trine du Loup. Là, canards, poules et même cochons se délectent de ces immondices. Ce ne sera que par un arrêté de 1823 (dans la période hygiéniste) que le vagabondage de ces animaux sera réglementé.
Entre 1717 et 1733, on va « rompre par le milieu la muraille des Halles » pour accéder à l’Hôtel de Ville situé dans l’immeuble situé au-dessus. C’est l’actuel escalier dans la partie haute du monument.
En 1831 on abat les tilleuls situés au Nord de la halle afin de protéger la toiture des chutes d’akènes et de feuilles.
En 1844 le conseil, municipal juge que la Halle ne correspond plus aux besoins de la « grenette ». En effet, le marché aux grains, blé et colza est aux dire des élus le plus important du département. On songe alors à une modification d’importance de la Halle voire à sa suppression. Faute de crédits suffisants ce projet sera abandonné !
En 1847 on supprime des poteaux dans chaque angle pour améliorer la circulation ainsi que les 6 échoppes des artisans qui se trouvaient au Sud-Est du bâtiment dont 2 cordonniers, 1 galocher, 1 voiturier et 1 chapelier. La halle prend alors l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui.
Le commerce du vin, jusqu’à l’arrivée du phylloxera au début du XXe siècle, se tient également sous la halle. La « Candive », ce vin local réputé y est vendu comme consommé dans les nombreux bistrots alentour !
Du samedi, le marché hebdomadaire passe au jeudi. De grandes foires rythment l’année : la foire des Rois du 7 janvier, celle du Lundi-gras précédant le carême et où il est d’usage d’abattre le veau gras, celle de Mai le lendemain de l’Ascension, celle du 16 août le lendemain de l’Assomption, celle du 24 septembre réservée aux tissus, toiles et draps et enfin celle du 1er décembre le lendemain de la Saint-André qui est la plus importante de l’année.
L’histoire raconte que Mandrin venait y vendre ses dentelles aux coquettes de la côte.
Le 28 septembre 1890 un grand repas est donné sous la Halle en présence, entre autres personnalités, de M. Bourgeois ministre de l’Instruction Publique, de M. Reyer, compositeur, de M. Salomon, ténor d’origine côtoise, de M. Jean Celle, directeur de l’Ecole Primaire Supérieure, de M. Paret, maire … On fête dans l’allégresse populaire la pose de la statue d’Hector Berlioz sur l’Esplanade.
Le 23 avril 1925 le bâtiment est inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques. Bien que chacun soit habitué à fréquenter ce lieu familier peu en connaissent l’histoire et l’importance. Il s’agit de la plus vaste halle médiévale de France à ossature bois. Les plus optimistes pensent à un record mondial !
Le 7 juillet 1935 on fête l’installation du Musée Hector Berlioz dans la maison natale. Le Président Edouard Herriot, M. Douillet, maire, Charbonnel, président du Comité, Boschot, historiographe de Berlioz, Paul Claudel, poète, assistent à l’exécution de la Damnation de Faust avec notamment Ninon Vallin.
Les fêtes du centenaire (1903) et du bicentenaire (2003) de la naissance d’Hector Berlioz comme du centenaire de sa mort (1969) ont donné lieu sous ses poutraisons à des manifestations mémorables. C’est également le cœur du Festival Berlioz de 1994 à 2003.
Les 21 et 22 septembre 2025 un repas commémoratif et des festivités célèbrent le centenaire du classement aux Monuments Historiques d’une vieille dame de 700 ans révolus.