Bâtie à la fin du XIè siècle par les moines bâtisseurs de l’ordre de Saint-Ruf.
L’église Saint-André est un bel exemple d architecture romane, il y coexistent quelques éléments de style gothique ou moderne ce qui lui vaut son classement aux Monuments Historiques en 1982. Elle est surmontée d’un clocher massif, quadrangulaire qui domine la ville.
Quelques éléments remarquables ; le Christ en croix ; les vitraux ; les fonds batismaux en marbre ; une vierge avec l enfant Jésus tenant le monde, en bois doré ainsi qu’ une cloche provenant de l ancien séminaire place des Récollets.
Chaque année le Festival Berlioz profite de l’acoustique et de la chaleur de ce lieu pour y tenir des concerts intimistes.
Pour en savoir plus :
Inscription aux Monuments Historique en 1982
Elle est construite entre 1088 et 1102 par les chanoines bâtisseurs de l’ordre de Saint-Ruf dont une petite communauté résidait déjà sur le site (L’ordre de Saint-Ruf est un ordre mendiant fondé en 1039 en Avignon qui adoptent la règle de Saint-Augustin). On les surnomme les « curés blancs » avec leur soutane blanche et la ceinture noire.
Guy de Bourgogne, archevêque de Vienne et futur pape Calixte II, leur confie la construction du bâtiment en lieu et place d’un petit sanctuaire dédié à Saint-André alors que la cité portait encore le nom de Villa Cotonacum. Un prieuré, détruit en 1568 lors des guerres de religion, s’élevait à l’Est et communiquait avec l’église par une porte aujourd’hui murée (les chanoines iront alors s’installer rue Bayard). L’église était alors paroissiale et conventuelle.
La tradition relate que deux chanoines de cet ordre accompagnèrent le futur saint Bruno, lors de son passage dans la région, alors qu’il se rendait en Chartreuse pour y fonder son monastère.
L’édifice présente une structure romane comme l’attestent les arcs de l’ancien chœur, la croisée des transepts et sa coupole octogonale en tuf, la tour de l’escalier ainsi qu’une partie de la nef et le clocher.
La coupole au-dessus des transepts repose sur quatre trompes permettant de passer du plan rectangulaire au plan octogonal (le chevet était alors plat avec une niche occupée par l’autel majeur).
Le clocher construit en briques avec ses deux étages percés de baies rappelle les anciens clochers clunisiens.
Le reste de la nef, reconstruit au XVe siècle, conserve une largeur de 7m alors que les nefs latérales sont élargies à 6m50 en style gothique pour accueillir une population grandissante. On peut alors parler d’une église à trois nefs.
La nef de droite brule au XVIe siècle.
En 1706, l’abside est agtandie en demi-cercle pour y accueillir le chapitre régulier des chanoines. Elle comporte alors 9 panneaux.
Deux cimetières jouxtent le bâtiment. L’un au Sud, réservé à la population et l’autre au Nord pour le clergé. Pas de concessions perpétuelles, on renouvelle les sépultures tout les 4 ans !
L’église comptait 12 chapelles de familles nobles, de bourgeois ou de corporations. Ceux-ci veillaient à leur entretien et certains y ont leur sépulture.
En 1789 l’église est dévastée alors que la chapelle Sainte-Catherine qui se trouvait dans le cimetière communal sert de salle de réunion aux révolutionnaires qui y célèbrent le culte de la déesse de la Raison : Athéna.
En 1801 le Concordat signé entre le Saint-Siège et Bonaparte, 1er Consul, rend à l’église sa vocation religieuse. Elle revêt alors un aspect baroque qui subsistera jusqu’en 1976.
En 1821, dans la période hygiéniste, les cimetières sont transférés à l’Est de la ville.
En 1840 on supprime le porche d’entrée et on élève la nouvelle façade.
En 1868 trois chapelles subsistent encore, avec leurs devant d’autel en marbre conservés dans la chapelle Saint-Joseph : autels de Saint-Joseph et Théodore, du Sacré-Cœur et de la Sainte-Vierge.
En 1976, le Père Luyat redonne à l’église son aspect roman en supprimant grilles, prêchoir, stalles, autels et suspensions et en mettant le christ au fond de l’abside.
En 1979 il fait installer l’orgue provenant de l’église de La Ricamarie dans la Loire.
A voir
Les vitraux
Réalisés à Grenoble par E. Meyer et L. Balmet ils sont installés en 1945. Il s’agit d’un don de la famille Rocher qui évoquent les épisodes du nouveau testament.
Quatre d’entre eux sont particuliers :
Dans la nef latérale Nord, « Elle n’est pas morte elle vivra » : Jésus orné du Sacré-Cœur vient au secours de la France malade représentée par la jeune fille en bleu et couronnée. Les saints protecteurs l’entourent, de gauche à droite, saint Bruno le chartreux, saint Vincent de Paul, Saint-Louis, saint Michel, sainte Geneviève, sainte Jeanne d’Arc et sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. En bas les lieux de pèlerinage et de dévotion, lourdes, Pontmain, Chartres, La Salette, Montmartre et Notre Dame de Paris. Deux blasons sont représentés ; à gauche celui de la Famille Rocher, les Trois Pucelles du Vercors pour Louis, Edouard et Camille ; à droite celui de la Ville, « D’azur au sautoir d’argent accompagné en chef et en pointe d’une fleur de lys d’or et en flanc d’un dauphin pâmé de même ».
Dans la chapelle Notre-Dame, « Voyez ce tapis d’herbe douce et fleurie » : allégorie de l’œuvre d’Hector Berlioz « L’Enfance du Christ » trilogie sacrée pour solistes, cœur, orchestre et orgue créée le 10 décembre 1854 à Paris.
Première partie, le songe d’Hérode : un enfant qui nait et fera disparaître son trône. Tous les enfants mâles doivent être exterminés. « Au désert dès ce soir il faut fuir ».
Deuxième partie, la fuite en Egypte, « Voyez ce tapis d’herbe douce et fleurie, le seigneur pour son fils au désert l’étendit »
Troisième partie, l’arrivée à Saïs, « Pourtant ils arrivèrent à Saïs – Secourez-nous – Près de nous il grandira – Amen Amen ».
Souligné par des partitions de L’Enfance du Christ d’Hector Berlioz
Dans le baptistère, un vitrail S.J. pour Societas Jesu communément appelés jésuites qui professent les trois vœux de pauvreté, chasteté et obéissance absolue au pape. Des croix de Malte entourent ce vitrail rappelant l’ordre des moines soldats de Saint Jean de Jérusalem.
Dans la Nef latérale sud, « Va au secours de la France – Fille de Dieu pars – Que Dieu te soit en aide » L’Esprit, l’Archange Saint Michel et les Saintes révèlent sa mission à Jeanne d’Arc. Un blason représentant un lion et une tour avec la devise « Turris – Mea – Christus » soit : le Christ est ma tour.
Née en 1412 à Domrémy sous le règne de Charles VII qui met fin, grâce à elle, à la guerre de 100 ans (1337-1453). Elle fut canonisée en 1920 et fait partie des quatre saintes patronnes secondaires de la France avec la Vierge Marie, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, sainte Geneviève et sainte Pétronille patronne des rois de France.
Au pied de l’escalier de la tribune une baie de style gothique du XVIe siècle, vestiges de la nef originale qui avait brûlé, est mise à jour lors des travaux de reconversion de l’église. Les vitraux datent de 1979 et sont signés Ontfollet.
Décoration et architecture
A l’entrée
Ceint de portes en bois, le narthex accueillait les personnes non baptisées et ne pouvant donc pas accéder à l’église : les catéchumènes (en attente de baptême), les énergumènes (possédés du démon) et les pénitents.
Sous vos pieds, une ancienne pierre tombale dont le graphisme a disparu nous rappelle que sous le porche détruit lors de l’agrandissement de l’église et de l’élévation de la façade en 1840 étaient enterrés les serviteurs de l’église.
Dans la nef latérale Nord
Une cloche provenant de l’ancien séminaire qui se trouvait place des récollets.
Les restes de la chapelle de style gothique flamboyant, Notre Dame de Pitié, construite par Antoine Girardy en 1518 dont le dernier patron nominateur sera Mr le marquis De Dolomieu occupant du Château.
Une pierre tombale avec armoiries provenant de l’ancien couvent des Récollets édifié en 1520 à l’entrée Est de la ville.
Dans la chapelle Notre-Dame
Une vierge, avec l’enfant Jésus tenant le monde, en bois doré.
Les fonds baptismaux en marbre.
Les pierres du sol qui recouvraient l’ensemble de l’église avant la contestable rénovation.
Les croisées ogivales et leurs blasons.
NB : Ce bras du transept aménagé en chapelle de Saint Pierre, lieu de sépulture de Thomas de Salignon, devint chapelle de Marie et chapelle privée de la famille Rocher qui y suivait les offices.
Dans le chœur et l’abside
Le maître autel de marbre blanc élevé en 1836
La coupole
Le Christ en croix, curieusement embroché sur des pointes, qui se trouvait à l’origine sur une poutre transversale au-dessus du chœur formant un jubé qui séparait le choeur liturgique de la nef. Après le Concordat il est placé sur un pilier dans la nef face au prêchoir alors que le fond de l’abside reçoit le tableau du martyre de Saint-André aujourd’hui placé dans le transept de droite. La tradition relate que lors de la tourmente révolutionnaire il fut caché dans une grange sous le foin. Ce serait donc le seul élément décoratif d’origine de l’église romane.
Dans l’abside le reste de stalles des chanoines avec leurs sièges assis-debout permettant de suivre les offices plus confortablement.
Les restes du prêchoir avec son abat voix surmonté à l’origine par un angelot.
Dans la Chapelle Saint-Joseph à droite du chœur
Les 3 devant d’autels précédemment évoqués en marbre blanc.
Les blasons de la ville, et de la corporation des charpentiers.
Un blason à la croisée d’ogives avec l’inscription IHS Marie Joseph. IHS pour Jesus Hominum Salvator (Jésus Sauveur de l’Humanité) comme les trois premières lettres du nom Jésus, en grec ancien.
Dans une niche vitrée les reliques de Saint Théodore, soldat martyre décapité en raison de sa foi, retrouvée dans les catacombes à Rome et offert en 1842 au Père Régis Rocher. Une grande procession parcourut toute la ville, le 4 septembre 1942, et les reliques furent installées dans l’église. La tradition dit qu’Emilie Couturier en fut guérie de problèmes respiratoires.
Dans la travée Sud, à l’emplacement de l’ancienne Chapelle Saint-Crépin des cordonniers
L’orgue de La Ricamarie construit en 1879 par Joseph Merklin.
Au fond du passage entre le mur et l’orgue une plaque de marbre est insérée dans le mur à hauteur d’homme. Une épitaphe mortuaire du XIIIe siècle dit : « le 4 des nones de septembre est décédé Gautier, sacristain-prieur, chanoine de l’église de Saint-André, prêtre de Saint-Ruf ».
A droite de la porte latérale, une imposante et belle vierge en bois provenant de l’ancienne église des soeurs Visitandines dont le couvent se trouvait à l’emplacement du Collège Saint François et que le Père Luyat baptisa : « Notre-Dame de la Visitation ».
Une statue en bois doré du Bon-pasteur.
Conclusion
L’église Saint-André a fêté ses 900 ans en septembre 1988. Après plus de 30 ans de sacerdoce en son sein, le père Luyat est reparti en son pays natal de La Mure. Il a profondément marqué l’histoire de ce lieu comme de cette ville.
Chaque année le Festival Berlioz profite de l’acoustique et de la chaleur de ce lieu pour y tenir des concerts intimistes.
Mais qui plus que le père Luyat, ce natif du pays protestant de La Mure, pourrait-il conclure cet historique :
Hymne à notre église
Tu es belle, ô notre église, lourde de tes neuf siècles ;
Tu es belle, sans aucune parure extérieure, parce que tu es simplicité, sans complication ni état d’âme ;
Tu as jailli comme spontanément au cœur même du Pays de Bièvre, naturellement, puis-je dire, parce que les hommes du terroir te voulaient pour rythmer leur existence.
Tu es lourde, de la lourdeur des hommes charnels et terriens, et en même temps tu es gracieuse, comme une très vieille dame, qui sourit malgré ses rides.
Ton clocher, vieux de ses savoyardeaux°, montre toujours un coin de ciel bleu, défiant orages, guerres ou révolutions ; invitation constante et pressante à un prodigieux voyage, celui de la terre, au ciel.
Je t’aime, ô mon église, parce que tu es celle de mon peuple, le peuple des hommes qui se veut peuple de Dieu.
Je t’aime, ô mon église, parce que tu es durée, alliée des siècles et du temps, forte et virile dans tes luttes, bonne et compatissante dans tes pleurs.
Tu es porte ouverte, accueillante à tous les silences, mains tendues à toutes les afflictions ;
Tu es de chez nous et nous sommes chez toi.
Les moines, tes bâtisseurs, t’on voulu en accord avec leur temps.
Je t’aime, ô mon église, parce que tu es le temps des hommes et éternité de Dieu.
Je t’aime, parce que tu es pauvre, dans la simplicité des enfants de Dieu ; et ta pauvreté attire, force vivante pour aujourd’hui et pour demain.
Je t’aime, ô mon église, parce que tu es encore au cœur de la Bièvre, parce que je suis ton prêtre et qu’eux sont tes fils ;
Je t’aime parce que tu es vieille et moi je te trouve jeune.
Aimé Luyat
°Savoyardeau : grosses briques utilisées également pour la construction du Château et des remparts.